Jaune Morsure

  Le froid jaune me crisse sous les dents, une saison de verre ronge les mains. Pas de neige ici, pas de blancheur lente, juste ce goût de pile électrique, soudain. Je pince l'air. Il résiste, acide, vif, comme du métal qu'on touche sans gants. Le ciel n'est pas triste, il est actif, il mord, il trace, il écorche le temps. Kandinsky savait que la couleur sonne, que le jaune hurle mieux que le rouge. Moi j'entends cette note qui frissonne, qui pique, qui reste, qui bouge. Pas de murmure, non. Un cri serré. Le froid qui chante dans le sang gelé. Didier Guy

Canette sous les néons

La lune était fausse ce soir-là,
Ronde et creuse comme un jouet d'enfant.
Je buvais du sucre sans y croire,
le fond de la canette brillait étrangement.

Orange sale, reflet du regret.
Pas celui qu'on porte en prière,
plutôt cette honte qu'on laisse traîner
quand le soda réchauffe nos colères.

Les néons clignotent au-dessus du bar,
Warhol aurait ri de cette scène :
un homme seul avec son bazar,
sa lune en plastique et sa peine.

Je repose la canette, elle roule un peu,
le liquide danse, ocre et lourd.
C'est drôle comme on vieillit à deux
avec des fantômes dans les faubourgs.

Didier Guy

Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Soulèvement lilas

Terre Noire