Sang du Silence

  L'atome rit, mais ce rire est un poids, une stase carmin figeant l'horizon. Le vide écoute, tendu comme une peau sous les doigts d'un tambour sans raison. Aucun souffle ne passe, aucun vent ne ment : seul le métal du silence se plie, et le vide, complice, avale lentement ce qui reste d'un monde en débris. Pas de larmes, pas de cris, juste un son qui roule, lourd, au fond d'un gouffre sourd. Le carmin suinte, épais, presque bon, comme un vin noir bu jusqu'à l'amertume. Le tambour bat, mais plus personne n'entend. L'atome rit, et ce rire est un piège : Un cercle clos où le temps se suspend, où le vide se nourrit de son propre siège. Didier Guy

Canette sous les néons

La lune était fausse ce soir-là,
Ronde et creuse comme un jouet d'enfant.
Je buvais du sucre sans y croire,
le fond de la canette brillait étrangement.

Orange sale, reflet du regret.
Pas celui qu'on porte en prière,
plutôt cette honte qu'on laisse traîner
quand le soda réchauffe nos colères.

Les néons clignotent au-dessus du bar,
Warhol aurait ri de cette scène :
un homme seul avec son bazar,
sa lune en plastique et sa peine.

Je repose la canette, elle roule un peu,
le liquide danse, ocre et lourd.
C'est drôle comme on vieillit à deux
avec des fantômes dans les faubourgs.

Didier Guy

Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

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