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Terre Noire

  J'ai marché dans les fougères mouillées, respirant cette odeur de pierre lavée. Le pétrichor monte, lourd comme du mercure, charge mes poumons d'une ancienne brûlure. Mes veines charrient cette sève verte, ce jus d'humus qui s'infiltre et me cerne. Je deviens racine, je deviens glaise, mon sang prend le goût de l'argile et de braise. Les rêves coulent, denses, opaques, métal en fusion dans mes artères opaques. Chaque nuit je plonge dans ce marais, où l'émeraude et le plomb se mêlent au regret. Je ne suis plus homme mais forêt qui respire, écosystème clos où tout pourrit et expire. La pluie me traverse, me refait, me défait, je suis l'humus de moi-même, imparfait. Didier Guy

Le poids des murs

  Le silence est un manteau que j'enfile pierre après pierre, loin des bruits de couloir et des plaidoiries vaines. J'ai déposé mes armes, ces mots qui s'essoufflent dans le vent, pour ne plus offrir de clés à ceux qui préfèrent rester enfermés. On ne franchit pas les portes fermées de l'intérieur. J'ai compris que certains aiment leurs chaînes, qu'ils polissent leurs barreaux en accusant le lumière de brûler trop fort, d'exiger trop de peine. Alors je recule, sans colère ni mépris, comme on abandonne un champ devenu stérile. Je garde mes forces pour ceux qui cherchent encore, qui osent le doute et l'inconfort fragile. Les autres resteront dans leur forteresse obscure, persuadés que le monde entier est l'ennemi. Moi, je marche ailleurs, là où l'air est moins lourd, là où le silence n'est plus une armure, mais un choix de vie. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

Chanson Muette

  La guitare, couchée dans son étui sombre, gardait le silence et le froid du bois. Une respiration venant de l'ombre portait un parfum lourd, secret et droit. C'était un chant sans voix, un lent cantique, une basse rumeur dans les conifères. Une mesure lente, un rythme oblique, né de la nuit, des branches, de la terre. La main qui cherche et ne trouve que l'âcre senteur des pins, la note qui s'attarde dans l'air immobile, l'accord qui se lacre de noir, de nuit, de résine qui farde. Un noir complet, sans début ni finie, un air pour personne, une psalmodie. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

Les Greniers de l'Égalité

  Dans les greniers où l'on promet le pain pour tous, les comptoirs s'alignent, déserts sous la poussière grise. Un planificateur rêve d'harmonie, debout, tandis que les ventres grondent dans l'attente assise. Ils ont voulu tisser sans métier ni fuseau, partager l'invisible en parts mathématiques, mais les formules froides ignorent les berceaux où l'enfance réclame autre chose que des statistiques. Les usines ronronnent leur complainte mécanique, produisant des objets que nul n'a demandés - Des chaussures dépareillées, des rêves authentiques noyés sous les quotas d'un monde codé. Au loin, un empire s'est effondré sans bruit, ses monuments creux témoins d'une ambition trop haute. Les queues s’allongeait comme des serpents la nuit, cherchant la vanille quand le cœur voulait autre. Ils promettaient un festin sans accapareur, mais l'hôte omniscient servait selon ses vues. Les invités repartaient, amers dans leur cœur, le dessert confisqué par ...

L'Appel des Murs

  Les murs ont une voix, rumeur sourde et secrète, qui frotte avec lenteur le papier des carnets. Elle ne compte plus les heures trop inquiètes, mais les éclats de verre en ses silences nés. C'est un frisson de sec où l'air sent le tabac, l'encre froide et la peur, un parfum de déroute. Un doigt invisible, dans un mélange combat, gratte sa nuque nue comme on cherche sa route. Le plafond est un ciel d'un jour noir et forcé, où ses doigts-araignées tracent des cartes mortes. Elle dessine un monde au destin inversé, où des draps d'argile scellent toutes les portes. Elle respire lourd, chaque souffle est un clou, un pas de plus vers ce rivage de naufrage. Les algues du doute lui montent jusqu'au cou, s'accrochant à ses pieds, barrant chaque passage. La fenêtre se fane, une photo jaunie, un cadre de bois mort pour sa fièvre brûlante. Elle ferme les yeux sur cette vie finie, pour voir enfin surgir une ombre dévorante : Des mains sans souvenirs, des bouches au m...

Canette sous les néons

La lune était fausse ce soir-là, Ronde et creuse comme un jouet d'enfant. Je buvais du sucre sans y croire, le fond de la canette brillait étrangement. Orange sale, reflet du regret. Pas celui qu'on porte en prière, plutôt cette honte qu'on laisse traîner quand le soda réchauffe nos colères. Les néons clignotent au-dessus du bar, Warhol aurait ri de cette scène : un homme seul avec son bazar, sa lune en plastique et sa peine. Je repose la canette, elle roule un peu, le liquide danse, ocre et lourd. C'est drôle comme on vieillit à deux avec des fantômes dans les faubourgs. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

Le Reflet Mange sa Proie

  Le miroir me regarde, œil mort sur le mur. Aucun visage ne s'y pose, juste l'absence. Il avale la lumière, recrache du noir, et moi, debout, je cherche ce qui manque. Ma main touche le verre : il est froid. Comme si derrière, quelqu'un avait fui. Les angles de la pièce se tordent dedans, géométrie brisée, monde à l'envers. Il paraît que les sorciers y voient l'avenir, moi, je n'y vois que la cendre d'hier. Cette acidité qui brûle la bouche, quand on comprend qu'on ne reviendra pas. Le verre dit vrai, paraît-il, mais l'absence aussi parle clair. Je coupe la lumière. Tout s'efface, le reflet enfin me ressemble. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.