Terre Noire
J'ai marché dans les fougères mouillées, respirant cette odeur de pierre lavée. Le pétrichor monte, lourd comme du mercure, charge mes poumons d'une ancienne brûlure. Mes veines charrient cette sève verte, ce jus d'humus qui s'infiltre et me cerne. Je deviens racine, je deviens glaise, mon sang prend le goût de l'argile et de braise. Les rêves coulent, denses, opaques, métal en fusion dans mes artères opaques. Chaque nuit je plonge dans ce marais, où l'émeraude et le plomb se mêlent au regret. Je ne suis plus homme mais forêt qui respire, écosystème clos où tout pourrit et expire. La pluie me traverse, me refait, me défait, je suis l'humus de moi-même, imparfait. Didier Guy