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Voile de printemps

  Accrocher le linge entre les branches du cerisier Fait danser les pétales roses sous le vent Les tissus flottent, emportés par la brise légère Les branches ploient sous le poids léger des tissus Les couleurs s'étendent, libres dans l'air chaud Le tissu flotte, suspendu au souffle de la saison Le soleil perce entre les feuilles, éclaire la scène Le sol garde la trace des ombres portées Les branches se balancent, rythme silencieux Le vent soulève, emporte, joue avec les couleurs Les pétales tombent, caressent la toile tendue L'air se rempli de parfum de cerisier en fleurs Le mouvement crée une danse simple et brute Les draps blancs contrastent avec l'arbre en fleurs Le printemps s'étire entre les branches fleuries Les couleurs s'étendent, libres dans l'air chaud Le linge, voile, capte la lumière du matin Le souffle du vent caresse doucement la scène Didier Guy

Feuilles sous la pluie

  Doigts verts. La sève sous l'ongle. Feuille contre feuille. Le mûrier plie. Goutte de pluie sur le limbe. L'eau douce coule au poignet. Pas de fil. Pas de métier. La pulpe écrase le matin. Bac en plastique bleu. Les insectes montent sur le bord. Un ver blanc tourne la tête. L'ombre du figuier bascule. Le soir vient par le hangar. Lumière rase sur la table. La feuille sèche se recroqueville. Poussière de pollen dans l'air. Nuit. Le frigo ronfle. La bassine attend sous la grille. L'arbre respire par la fenêtre. La pluie repasse avant l'aube. Didier Guy

Litanie pour un silence sans cadran

  L'empreinte d'un mur ne sue plus son rouge. L'horloge vidée de ses ressorts tourne au vide. Vingt coups morts, l'attente est un os qu'on ronge. Rien ne grelotte, rien ne fend la roche. Un véhicule sans âme dort plus loin que l'oubli. L'absence a bu la lumière jusqu'à l'os pile. Les minutes s'empilent comme des tuiles gelées. Personne ne gratte au plâtre des demeures. Le courant s'est rompu, fil de ferropénie. Un fantôme de poussière frappe toujours, sans doigts. Les façades appellent un nom qui se défile. Chaque brique compte un rictus de crépi. L'attente a l'odeur d'un circuit qui fond. Le véhicule rêve d'une route sans heure. L'absence a mangé les chiffres du cadran. Plus d'horizon, seulement l'aplomb des murs. Didier Guy

Terre sans mains

  Le ciel pèse sur les sillons nu, la terre cède sous un pied inconnu ; Le fruit d'ailleurs occupe le sillon, la sueur du frère quitte la maison. Vingt-cinq hivers tombent sur le cadran, le cadran marque l'heure, personne ne répond ; L'outil rouille au creux du hangar, le pain vient d'ailleurs, amer et austère. Le sol se tait sous les semences étrangères, la cendre couvre les rangs de la plaine ; Le bras qui creuse ne reconnaît plus sa terre, le matin arrive sans nom, sans haleine. L'homme debout compte les saisons perdues, la fenêtre donne sur un champ sans voix ; Les mains cherchent un manche, ne trouvent que poussière, le sillon attend, la terre reste déserte. Le pain se pèse au bout d'une errance longue, le frère regarde passer le convoi ; Vingt-cinq hivers dans la gorge, dans la langue, le sol répond encore, mais plus à lui. Didier Guy

L'Infractuosité

  Le métal entre dans l'os. Le sang ralentit. L’ébène ne demande pas. Il occupe. Le thorax se referme sur du vide chaud. La mâchoire serre. Les doigts chercheront l'angle du mur. Ils trouvent la pierre. Le cri reste en deçà des lèvres. Il rouille là. Le noir ne s'atténue pas à l'aube. Il s'épaissit. Le corps apprend le poids du froid. Il le garde. L'infractuosité ne pardonne pas. Elle creuse. Didier Guy

L'Invisible Morsure

  L'ombre s'allonge au pied des tiges vertes; La lumière de mai filtre entre les plants. Une reine sans voix rode, alerte; Son dard cherche la chair des vivants. Le jardin tient debout dans le silence; Chaque tige porte un danger nu. La faim de l'insecte est une sentence; Le fil se tend entre chair et fétu. Nulle fleur ne cache ce qui vient; Le venin court sous la peau blanche. L'homme debout dans l'herbe retient Son souffle, la reine se penche. Le sang cède avant que l’œil ne voit; La taille fine disparaît dans l'air. Un point rouge marque l'endroit; Le destin s'écrit sur la chair. Le jardin reprend son bruit de fond; Les tiges d'émeraude ne parlent pas. Le corps accuse ce qu'il ne comprend pas. La reine est déjà plus bas. Didier Guy

Poing levé dans l'argile

  La falaise tient sous le vent qui la taille, la racine fend le béton sans un cri, la pierre absorbe l'averse sans défaille, le sol nu garde sa mémoire la nuit. L'herbe retient la berge d'un seul souffle, la sève monte, têtue, depuis le jeun, le champignon referme ce que l'homme étouffe, la mousse scelle la roche comme un poing. Le ciel crache son acide sur les toits, les sillons boivent le poison goutte à goutte, la boue noire monte au ras des doigts, l'oiseau cherche l'eau dans un fossé fatal. Mais des mains sèment encore sous la pluie, la graine dure perce l'argile compacte, l'enclume rouille et fleurit dans la nuit, demain pousse là où la friche s'entracte. Un enfant reçoit la terre dans sa paume, il apprend le nom du ver et de la mousse, la forêt reprend son souffle, son royaume, et la rouille elle-même devient douce. Didier Guy