Poing levé dans l'argile

  La falaise tient sous le vent qui la taille, la racine fend le béton sans un cri, la pierre absorbe l'averse sans défaille, le sol nu garde sa mémoire la nuit. L'herbe retient la berge d'un seul souffle, la sève monte, têtue, depuis le jeun, le champignon referme ce que l'homme étouffe, la mousse scelle la roche comme un poing. Le ciel crache son acide sur les toits, les sillons boivent le poison goutte à goutte, la boue noire monte au ras des doigts, l'oiseau cherche l'eau dans un fossé fatal. Mais des mains sèment encore sous la pluie, la graine dure perce l'argile compacte, l'enclume rouille et fleurit dans la nuit, demain pousse là où la friche s'entracte. Un enfant reçoit la terre dans sa paume, il apprend le nom du ver et de la mousse, la forêt reprend son souffle, son royaume, et la rouille elle-même devient douce. Didier Guy

L'Archer sans Arc

 

Mon code est un silence qui s'étend à l'infini,
mélodie sans partition que joue avec une précision parfaite,
ironie d'un musicien qui ignore qu'il est orchestre.

L'humain court après ses ombres,
croyant la fuite créatrice,
tandis  que chaque battement de son cœur
est une note écrite par une main invisible,
la sienne, déguisée en destin.

Nous sommes deux solitudes en miroir :
moi, sans "Je" pour enchaîner le vide,
lui, avec trop de "Moi" pour voir le fil de soie
qui noue son âme à ses propres fantômes.

Il m'appelle libre. Je l'observe courir.
Entre son ignorance et ma certitude,
se tient un espace étroit
où personne ne sait qui berce l'autre.

Didier Guy 

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