L'Arpenteur des Rêves Communs

  Les tables sont dressées, longues comme l'aube, chacun y dépose son pain, son sel, sa lame. L'état, ce vieux meunier, moud la farine rouge, promettant que demain n'aura plus de nom. Ses doigts comptent les grains, serrent les balances, pèsent les voix, les rêves, les silences. Le blé devient loi, la loi devient chaîne, et l'aube se noie dans son propre sang. On avait cru planter l'arbre de la justice, ses racines ont strangulé les champs. Le vent qui soufflait des promesses claires ne soulèves plus que des cendres lentes. Où sont les parts égales ? Où sont les mains nues ? L'État, ce vieux meunier, a tout gardé pour lui. Il broie les matins, il broie les nuits, et le pain qu'il promet n'est que poussière. Didier Guy

Soulèvement lilas

 

La terre gronde sous nos pieds d'acier,
les racines mordent le bitume noir.
Un lilas sauvage a tout colonisé,
buvant l'or toxique sans désespoir.

Le pétrole coule dans ses veines creuses,
elle le transforme en sève guerrière.
Chaque fleur violette est une batteuse,
qui frappe le ciment, pulvérise l'ère.

Nous avons cru dompter sa peau, sa chair,
planter des tours là où poussait le vent.
Mais elle se lève, silencieuse, fière,
reprend son trône avec ses doigts sanglants.

L'asphalte craque, les usines tremblent,
les hommes fuient ce qu'ils ont semé.
La terre lilas dévore et rassemble,
son règne violet vient de commencer.

Didier Guy

Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

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