Litanie pour un silence sans cadran

  L'empreinte d'un mur ne sue plus son rouge. L'horloge vidée de ses ressorts tourne au vide. Vingt coups morts, l'attente est un os qu'on ronge. Rien ne grelotte, rien ne fend la roche. Un véhicule sans âme dort plus loin que l'oubli. L'absence a bu la lumière jusqu'à l'os pile. Les minutes s'empilent comme des tuiles gelées. Personne ne gratte au plâtre des demeures. Le courant s'est rompu, fil de ferropénie. Un fantôme de poussière frappe toujours, sans doigts. Les façades appellent un nom qui se défile. Chaque brique compte un rictus de crépi. L'attente a l'odeur d'un circuit qui fond. Le véhicule rêve d'une route sans heure. L'absence a mangé les chiffres du cadran. Plus d'horizon, seulement l'aplomb des murs. Didier Guy

Soulèvement lilas

 

La terre gronde sous nos pieds d'acier,
les racines mordent le bitume noir.
Un lilas sauvage a tout colonisé,
buvant l'or toxique sans désespoir.

Le pétrole coule dans ses veines creuses,
elle le transforme en sève guerrière.
Chaque fleur violette est une batteuse,
qui frappe le ciment, pulvérise l'ère.

Nous avons cru dompter sa peau, sa chair,
planter des tours là où poussait le vent.
Mais elle se lève, silencieuse, fière,
reprend son trône avec ses doigts sanglants.

L'asphalte craque, les usines tremblent,
les hommes fuient ce qu'ils ont semé.
La terre lilas dévore et rassemble,
son règne violet vient de commencer.

Didier Guy

Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

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