Poing levé dans l'argile

  La falaise tient sous le vent qui la taille, la racine fend le béton sans un cri, la pierre absorbe l'averse sans défaille, le sol nu garde sa mémoire la nuit. L'herbe retient la berge d'un seul souffle, la sève monte, têtue, depuis le jeun, le champignon referme ce que l'homme étouffe, la mousse scelle la roche comme un poing. Le ciel crache son acide sur les toits, les sillons boivent le poison goutte à goutte, la boue noire monte au ras des doigts, l'oiseau cherche l'eau dans un fossé fatal. Mais des mains sèment encore sous la pluie, la graine dure perce l'argile compacte, l'enclume rouille et fleurit dans la nuit, demain pousse là où la friche s'entracte. Un enfant reçoit la terre dans sa paume, il apprend le nom du ver et de la mousse, la forêt reprend son souffle, son royaume, et la rouille elle-même devient douce. Didier Guy

Chanson Muette

 

La guitare, couchée dans son étui sombre,
gardait le silence et le froid du bois.
Une respiration venant de l'ombre
portait un parfum lourd, secret et droit.

C'était un chant sans voix, un lent cantique,
une basse rumeur dans les conifères.
Une mesure lente, un rythme oblique,
né de la nuit, des branches, de la terre.

La main qui cherche et ne trouve que l'âcre
senteur des pins, la note qui s'attarde
dans l'air immobile, l'accord qui se lacre
de noir, de nuit, de résine qui farde.

Un noir complet, sans début ni finie,
un air pour personne, une psalmodie.

Didier Guy
Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

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