La Lente Conquête

 

La vague roule sa pierre en éclats blancs,
la racine soulève le béton comme un couvercle.
L'herbe retient la terre d'un souffle subtil,
le ruisseau compte ses cailloux, minutieux spectre.

Le soc rouillé mord le sol qui résiste,
la sève monte dans le tronc, sang silencieux.
L'oiseau pose son cri où le bourgeon existe,
la pierre éclot sous la pluie, tenace et furieux.

Mais le ciel crache son acide en silence
les champs avalent leur pilule de métal lourd.
L'huile écrit ses taches sur l'eau, indécence,
le plastique danse au fond, fantôme sans remord.

Des mains sèment l'avenir dans la paume des enfants,
l'enclume rouillée fleurit sous la pluie battante.
Le grain germe là où l'asphalte se fend,
la terre reprend son nom, patiente et vibrante.

Didier Guy

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