Quand l’œil oublie le jour

  Une nyctalopie mauve fixe le vide, texture de velours râpeux contre l'os. Pas de larmes, pas de cri, juste l'heure où le corps oublie d'être repère. Le néant n'a pas de nom de femme, ni d'adresse où poster le silence. Seule cette lumière qui ne vient pas habite la rétine comme un grief. David Lynch n'aurait pas filé plus net : Le gros plan sur ce qui reste quand plus rien ne bouge, plus rien ne ment, juste la peau du regard qui s'use. Pas de rédemption dans le cadre, juste le temps qui passe en mauve, et l’œil qui tient, qui tient, qui tient, contre l'absence de toute preuve. Didier Guy

La Lente Conquête

 

La vague roule sa pierre en éclats blancs,
la racine soulève le béton comme un couvercle.
L'herbe retient la terre d'un souffle subtil,
le ruisseau compte ses cailloux, minutieux spectre.

Le soc rouillé mord le sol qui résiste,
la sève monte dans le tronc, sang silencieux.
L'oiseau pose son cri où le bourgeon existe,
la pierre éclot sous la pluie, tenace et furieux.

Mais le ciel crache son acide en silence
les champs avalent leur pilule de métal lourd.
L'huile écrit ses taches sur l'eau, indécence,
le plastique danse au fond, fantôme sans remord.

Des mains sèment l'avenir dans la paume des enfants,
l'enclume rouillée fleurit sous la pluie battante.
Le grain germe là où l'asphalte se fend,
la terre reprend son nom, patiente et vibrante.

Didier Guy

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