Jaune Morsure

  Le froid jaune me crisse sous les dents, une saison de verre ronge les mains. Pas de neige ici, pas de blancheur lente, juste ce goût de pile électrique, soudain. Je pince l'air. Il résiste, acide, vif, comme du métal qu'on touche sans gants. Le ciel n'est pas triste, il est actif, il mord, il trace, il écorche le temps. Kandinsky savait que la couleur sonne, que le jaune hurle mieux que le rouge. Moi j'entends cette note qui frissonne, qui pique, qui reste, qui bouge. Pas de murmure, non. Un cri serré. Le froid qui chante dans le sang gelé. Didier Guy

La Pollution du Ciel

 

Le vent arrache sa colère aux crêtes,
la pluie grave son nom dans la roche,
l'arbre fend l'asphalte d'une seule main,
la sève monte comme un poing serré.

Rien ne plie qui tienne à la terre,
la mousse boit la pierre goutte à goutte,
le torrent sculpte son lit sans relâche,
la racine soulève le monde en silence.

Mais le ciel crache son acide en lambeaux,
les fumées tordent l'air comme du linge,
le goudron pleure sur les feuilles,
les champs avalent leur dose de cendre.

Les oiseaux cherchent l'azur disparu,
le fleuve charrie sa peau de plastique,
la neige descend grise sur les toits,
nos poumons comptent leurs heures de souffre.

Pourtant des mains plantent l'aubépine,
des bras relèvent les haies abattues,
la friche reprend son souffle vert,
l'enclume rouillée fleurit sous l'averse.

Les enfants sèment l'avenir nu,
chaque geste retient le ciel qui s'effrite,
la terre attend qu'on lui rende ses droits,
et le bourgeon perce la croûte noire.

Didier Guy

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