Le Trône et la Taxe

  Sur un damier minéral où les règles se blessent, une figure isolée avance sans regard en arrière. Les anciens pactes se figent comme des portes closes, et la loyauté d'hier devient un poids inutile. La parole se pare de grandeur apprêtée, mais sous la laque dorée dort une saveur âcre. Car la foule, sans le savoir, alimente le festin, payant de ses jours le luxe d'une fierté démesurée. Des prélèvements glissent jusqu'aux tables modestes, où la promesse d'or se change en métal lourd. L'artisan compte ses heures comme des plaies ouvertes, l'ouvrier plie l'échine sous un calcul lointain. Le pouvoir ne cherche plus la balance juste, il traque son propre visage dans chaque surface polie. Les soutiens deviennent des pions sans valeur durable, jetés avant même d'avoir compris la partie. Chaque décision grave un sillon dans les foyers, là où le feu baisse faute de ressources claires. La solitude règne au sommet de cette hauteur, nourrie par un ego qui ignore...

La Pollution du Ciel

 

Le vent arrache sa colère aux crêtes,
la pluie grave son nom dans la roche,
l'arbre fend l'asphalte d'une seule main,
la sève monte comme un poing serré.

Rien ne plie qui tienne à la terre,
la mousse boit la pierre goutte à goutte,
le torrent sculpte son lit sans relâche,
la racine soulève le monde en silence.

Mais le ciel crache son acide en lambeaux,
les fumées tordent l'air comme du linge,
le goudron pleure sur les feuilles,
les champs avalent leur dose de cendre.

Les oiseaux cherchent l'azur disparu,
le fleuve charrie sa peau de plastique,
la neige descend grise sur les toits,
nos poumons comptent leurs heures de souffre.

Pourtant des mains plantent l'aubépine,
des bras relèvent les haies abattues,
la friche reprend son souffle vert,
l'enclume rouillée fleurit sous l'averse.

Les enfants sèment l'avenir nu,
chaque geste retient le ciel qui s'effrite,
la terre attend qu'on lui rende ses droits,
et le bourgeon perce la croûte noire.

Didier Guy

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