Les murs ont une voix, rumeur sourde et secrète,
qui frotte avec lenteur le papier des carnets.
Elle ne compte plus les heures trop inquiètes,
mais les éclats de verre en ses silences nés.
C'est un frisson de sec où l'air sent le tabac,
l'encre froide et la peur, un parfum de déroute.
Un doigt invisible, dans un mélange combat,
gratte sa nuque nue comme on cherche sa route.
Le plafond est un ciel d'un jour noir et forcé,
où ses doigts-araignées tracent des cartes mortes.
Elle dessine un monde au destin inversé,
où des draps d'argile scellent toutes les portes.
Elle respire lourd, chaque souffle est un clou,
un pas de plus vers ce rivage de naufrage.
Les algues du doute lui montent jusqu'au cou,
s'accrochant à ses pieds, barrant chaque passage.
La fenêtre se fane, une photo jaunie,
un cadre de bois mort pour sa fièvre brûlante.
Elle ferme les yeux sur cette vie finie,
pour voir enfin surgir une ombre dévorante :
Des mains sans souvenirs, des bouches au mot mâché,
des peaux s'apprivoisant comme des langues mortes.
C'est un goût de terre, un secret bien caché,
une langue oubliée que le désire emporte.
Dans ce cube d'ennui, elle est déjà ailleurs,
là où le cri s'étouffe et n'a plus aucun nom.
Chaque souffle est une fuite vers d'autres malheurs,
chaque pensée une morsure, sa propre prison.
Didier Guy
Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.
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