Les trottoirs ne gardent que l'écho des semelles lourdes,
des pas d'hommes pressés, sacs à dos en bandoulière,
l'aube n'est plus qu'un réveil strident, un café noir,
un parfum de diesel, âcre comme un reproche,
et nos mains, calleuses, serrent des clés, des contrats.
Le patron, dieu en costume, ignore nos prénoms,
glisse un "Bon courage" entre deux appels urgents,
les yeux rivés sur l'écran, complices des chiffres,
tandis que le temps, froid, nous glace les doigts,
comme un salaire versé pour des heures volées.
Aujourd'hui, les écrans brillent, vifs et bavards,
le virtuel étouffe le poids des silences d'autrefois.
Plus de "Bonjour" sincère, plus de regard francs,
juste un clic, un hochement de tête, un "À plus..."
Comme si l'on pouvait échanger l'humanité contre des likes.
Où sont-ils, ces matins où le travail avait un sens ?
Où sont les mains qui bâtissaient plus que des murs,
mais des espoirs, des "Tiens bon !", des rires gras ?
Je scrute les chantiers, mais l'aube n'est plus qu'un planning,
et le pain se partage en réunions sans fin.
Didier Guy
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