L'Os et le Macadam

  Le bitume craque, la voix fend la nuit, stridence indigo sur les pavés froids. Les mots sont des coups, pas des confettis, la pluie les noie avant qu'ils ne soient rois. Pas de lyre ici, juste un marteau, l'asphalte boit l'encre et les jurons. On marche en comptant les trous, les échos, la ville crache ses dents un à un. Les phares tracent des cicatrices jaunes, les murs suintent l'odeur des vieux combats. Rien ne reste debout, sauf les colonnes de fumées et de silence, là-bas. Didier Guy

Veillée de Cendres

 

Sous la rougeur du bois qui lutte et qui se fend,
des présences, à l'abri des branches inclinées,
gardent un silence épais comme un serment.
Le langage humain, vain, voit ses armes désarmées
devant le calme azur d'une simple prunelle
où se pose, lointain, le poids de l'éternel.

Une loi primordiale, une chaude certitude,
naît de l'haleine unie et des flancs rapprochés
dans l'asile odorant que font les peaux velues.
là, le temps se suspend, lourd et presque léché
par la braise qui ronge un souvenir tenace
de fraternité pure, effacée par la race

Des hommes affairés, des cœurs appauvris
qui n'entendent plus battre ce pouls lent et obscure.
La caresse des nuits, des peaux contre peaux,
dit plus que les grands cris lancés à l'avenir.
Et je reste, témoin de cette paix fragile,
à guetter dans la nuit qui lentement se glisse

L'adieu de cette entente au seuil du jour naissant.
Je suis l'homme qui veille un foyer qui décline,
gardien d'un pacte ancien, lentement se dissolvant.
Ma solitude en est à jamais orpheline.

Didier Guy 

Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

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