La Cicatrice du Trottoir

  Le bitume craque sous la révolte, une plaie vive, rouge et profonde. Pas de sang, non, juste cette fleur qui pousse en rage, et sent la poudre. Les murs, témoins muets, se taisent, mais leurs fissures parlent pour eux. Quelqu'un a crié, quelqu'un a tracé un signe en plein cœur des lieux. La ville avance, indifférente, ses pas écrasent les pétales. Pourtant, ce pourpre résiste encore, comme un poing levé sous les halos. Didier Guy

Crépuscule à l'envers

La nuit se déchire à l'est, lent suaire,
et le jour pointe ses doigts incertains
comme un voleur qui hésite à prendre
ce qui déjà lui glisse entre les mains.

La rosée, perles d'un collier fragile,
s'accroche aux herbes en frissons,
reflets brisés d'étoiles mortes
qui refusent de quitter le champs.

Nous guettons, avides de miracles,
cette lente agonie des ténèbres,
croyant y voir une naissance
alors que c'est le même sang

Chaque rayon est un mensonge doré,
chaque lueur une vielle blessure,
le ciel se pare de fards subtils
pour cacher ses rides bleutées.

L'horizon boit la lumière en cachette,
la digère en ombres allongées,
tandis que nous, éphémères stupides,
y cherchons des présages.

Regarde comme tout est identique :
Les arbres gardent leur posture de deuil,
les pierres leur indifférences millénaire,
seul change l'angle de la lumière.

Et pourtant, nous tendons les bras,
comme si cette aube-ci, enfin,
porterait autre chose que l'habituel
adieu déguisé en bonjour.

Didier Guy

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