La Cicatrice du Trottoir

  Le bitume craque sous la révolte, une plaie vive, rouge et profonde. Pas de sang, non, juste cette fleur qui pousse en rage, et sent la poudre. Les murs, témoins muets, se taisent, mais leurs fissures parlent pour eux. Quelqu'un a crié, quelqu'un a tracé un signe en plein cœur des lieux. La ville avance, indifférente, ses pas écrasent les pétales. Pourtant, ce pourpre résiste encore, comme un poing levé sous les halos. Didier Guy

Glasilabes

Des empreintes s'effilent en consonnes gelées
L'hiver mord nos noms sur ses lèvres salées
Je ramasse les débris de tes rires anciens
Le vent les polit en galets syldaves

La nuit coud nos ombres avec du fil blanc
Chaque point de suture est un infini lent
J'invente une langue où "nous" se décline
Au futur antérieur, mode orphelin

Les miroirs boivent nos reflets perdus
Leurs gorges profondes gardent nos vertus
Un ange de verre compte nos fautes
Son aile se brise en virgules hautes

Je déchiffre l'heure au cadran des morts
Les aiguilles mangent nos corps sans remords
ta voix n'est plus qu'un sillon de brume
Où germe l'absence en fleurs de rhum

Le temps est un livre mal relié
Où chaque chapitre fond sous mes pieds
Je cherche ton ombre entre deux phrases
Mais la neige a mangé toutes les cases

Il ne reste qu'un point final
Un astre éteint sur un banc de métal
Le givre écrit ce que je n'ose dire
L'adieu était déjà dans le premier soupir

Didier Guy


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