La Cicatrice du Trottoir

  Le bitume craque sous la révolte, une plaie vive, rouge et profonde. Pas de sang, non, juste cette fleur qui pousse en rage, et sent la poudre. Les murs, témoins muets, se taisent, mais leurs fissures parlent pour eux. Quelqu'un a crié, quelqu'un a tracé un signe en plein cœur des lieux. La ville avance, indifférente, ses pas écrasent les pétales. Pourtant, ce pourpre résiste encore, comme un poing levé sous les halos. Didier Guy

Jardin de Midi

Le soleil vertical frappait la toile,
dans le jardin sauvage aux parfums lourds,
où les roses vainqueurs, fous de conquêtes,
étreignaient les treillis de leurs bras verts.

Ses doigts, palettes de pourpre et de terre,
traçaient des chemins sur le lin tendu,
et son chemisier, buvant la lumière,
épousait la rondeur des fruits mûrs.

Une perle de sueur, lente et pure,
glissa de sa nuque à son sein tremblant,
trace saline sur la cartographie
de son corps offert au jour brûlant.

Le pinceau plongea dans le verre trouble,
elle le prit, trésor entre ses doigts,
et pressa la couleur qui se fit double :
Cramoisie sur soif, désir sur soif.

Le ruisseau de sienne et d'ambre coula,
sur sa main, sa peau, sanctuaire ouvert,
scénario liquide qui déroula
l'infini désir d'être découvert.

Ce fut un signe, non dit, mais proposé,
une cartographie du plaisir,
où chaque teinte était un doigt posé,
chaque couleur, un nouveau souvenir.

Et je sus alors, dans le silence ardent,
que je deviendrais l'ombre à son pinceau,
le pigment secret, profond et mordant,
qui mêle son corps et fait chanter l'eau.

Didier Guy

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