La terre et ses cicatrices

  Le chêne fendu boit la foudre, ses racines fendent le granit, chaque bourgeon refuse de se dissoudre sous la tempête qui rugit. Le vent taille la falaise sans outil, l'écorce porte ses balafres avec fierté. Le ruisseau compte ses galets, l'herbe retient la pente d'un fil, chaque brin connaît sa place au sol, la sève monte, lente et précise, dans le silence des saisons qui glissent, l'équilibre tient à un battement d'aile. Mais le ciel crache son acide, les champs avalent leur dose de chimie, le fleuve charrie des sacs vides, la mousse recule, l'asphalte envahit, les arbres comptent leurs cernes comme des deuils, le plastique flotte où nageaient les truites. Pourtant des mains plantent l'avenir, dans la paume des enfants, l'enclume rouillée fleurit sous la pluie, le soc rouvert laboure à nouveau, chaque graine porte un serment lent, la terre se souvient de ceux qui la soignent. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

Atlas du sang et de l'absence

 

Cette rue garde l'empreinte de tes pas,
mon cœur est une cartographie sanguine et chaude.
Chaque angle de bitume porte ton poids,
chaque intersection demeure, lourde.

Les veines tracent des méridiens secrets,
longitude de l'attente, latitude du silence.
Je marche dans ces lignes que tu as faites,
cherchant la légende de ta présence.

Les pavés ont mémorisé ta cadence,
le vent transporte encore ton parfum salé.
Mon sang dessine des frontières immenses,
entre ce qui fut et ce qui reste brûlé.

Je suis géographe de l'invisible,
cartographe des instants disparus.
Cette ville devient un pays illisible,
où chaque rue mène vers le non-revenu.

Mes artères sont des chemins sans retour,
mes battements, des coordonnées perdues.
Tu as traversé mon paysage intérieur,
laissant des cicatrices comme des rues.

Didier Guy

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