Le Reflet Mange sa Proie

  Le miroir me regarde, œil mort sur le mur. Aucun visage ne s'y pose, juste l'absence. Il avale la lumière, recrache du noir, et moi, debout, je cherche ce qui manque. Ma main touche le verre : il est froid. Comme si derrière, quelqu'un avait fui. Les angles de la pièce se tordent dedans, géométrie brisée, monde à l'envers. Il paraît que les sorciers y voient l'avenir, moi, je n'y vois que la cendre d'hier. Cette acidité qui brûle la bouche, quand on comprend qu'on ne reviendra pas. Le verre dit vrai, paraît-il, mais l'absence aussi parle clair. Je coupe la lumière. Tout s'efface, le reflet enfin me ressemble. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

La foule invisible

 

Dans la lumière bleue des écrans,
je compte les visages sans regard.
Mille noms défilent, indifférents,
comme des ombres dans un couloir tard.

Leurs vies brillent en carrés parfaits,
sourires figé, bonheurs de surface.
Je glisse mon doigt, cœur abstrait,
sur ces existences que rien n'embrasse.

La nuit avale mes notifications,
chiffres rouges qui percent le vide.
Je parle à des spectres, sans réponse, sans nom,
dans ce temple où la solitude réside.

Ils sont là, partout, nulle part à la fois,
présences creuses dans ma paume glacée.
Je cherche une voix parmi mille voix,
mais seul le silence me tient enlacé.

Didier Guy

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