Jaune Morsure

  Le froid jaune me crisse sous les dents, une saison de verre ronge les mains. Pas de neige ici, pas de blancheur lente, juste ce goût de pile électrique, soudain. Je pince l'air. Il résiste, acide, vif, comme du métal qu'on touche sans gants. Le ciel n'est pas triste, il est actif, il mord, il trace, il écorche le temps. Kandinsky savait que la couleur sonne, que le jaune hurle mieux que le rouge. Moi j'entends cette note qui frissonne, qui pique, qui reste, qui bouge. Pas de murmure, non. Un cri serré. Le froid qui chante dans le sang gelé. Didier Guy

Le Reflet Mange sa Proie

 

Le miroir me regarde, œil mort sur le mur.
Aucun visage ne s'y pose, juste l'absence.
Il avale la lumière, recrache du noir,
et moi, debout, je cherche ce qui manque.

Ma main touche le verre : il est froid.
Comme si derrière, quelqu'un avait fui.
Les angles de la pièce se tordent dedans,
géométrie brisée, monde à l'envers.

Il paraît que les sorciers y voient l'avenir,
moi, je n'y vois que la cendre d'hier.
Cette acidité qui brûle la bouche,
quand on comprend qu'on ne reviendra pas.

Le verre dit vrai, paraît-il,
mais l'absence aussi parle clair.
Je coupe la lumière. Tout s'efface,
le reflet enfin me ressemble.

Didier Guy 

Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

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