Ferraille Céleste

  Les étoiles jadis seules dans leur nuit comptent maintenant les débris qui passent. Satellites morts, carcasses qui enlacent le vide où la lumière a toujours fui. Chaque fragment tourne, lame sans bruit, tranche l'orbite où la Terre s'enlace. Le ciel jadis vierge perd son espace, la voie lactée sous la ferraille plie. Dans cette ronde froide et mécanique, les constellations cherchent leur place. Un boulon croise Vénus, la menace, et Mars se tache d'un reflet métallique. Nos rêves lancés vers l'infini reviennent en pluie de métal tordu. Chaque fusée partie vers l'absolu laisse sa peau d'acier dans le ciel terni. Les panneaux solaires dérivent, perdus, miroirs brisés de notre appétit. L'orbite basse porte nos défis comme une ceinture qu'on n'a pas rendue. Pourtant certains lèvent encore les yeux, tracent des plans pour nettoyer le noir. Des filets tendus pour harponner l'espoir, des bras robotiques dans le vide bleu. La jeunesse calcule, forge...

Le poids du jaune

 

Le monde penche depuis que tu es partie,
un axe brisé que nul compas ne retient.
Le jaune n'est plus lumière, il est métal,
âcre sur la langue, brûlant dans la gorge.

Je marche dans des rues que je ne reconnais plus,
où chaque angle semble faussé d'un degré,
où les ombres tombent à contresens du soleil,
comme si la gravité elle-même doutait.

Tu as emporté l'aplomb des choses simples :
Le café du matin, l'équilibre des heures,
ce fil invisible qui maintenait debout
les jours ordinaires et leurs gestes tranquilles.

Maintenant tout vacille. Le jaune envahit,
couleur de l'absence, teinte du vertige,
goût ferreux qui persiste au fond du palais,
trace indélébile de ton départ brutal.

Je cherche un point fixe dans ce monde oblique,
mais tu étais ce centre, cet axe perdu.
reste ce basculement, cette inclinaison sourde,
et le jaune métallique qui ne s'efface pas.

Didier Guy

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