Jaune Morsure

  Le froid jaune me crisse sous les dents, une saison de verre ronge les mains. Pas de neige ici, pas de blancheur lente, juste ce goût de pile électrique, soudain. Je pince l'air. Il résiste, acide, vif, comme du métal qu'on touche sans gants. Le ciel n'est pas triste, il est actif, il mord, il trace, il écorche le temps. Kandinsky savait que la couleur sonne, que le jaune hurle mieux que le rouge. Moi j'entends cette note qui frissonne, qui pique, qui reste, qui bouge. Pas de murmure, non. Un cri serré. Le froid qui chante dans le sang gelé. Didier Guy

Ferraille Céleste

 

Les étoiles jadis seules dans leur nuit
comptent maintenant les débris qui passent.
Satellites morts, carcasses qui enlacent
le vide où la lumière a toujours fui.

Chaque fragment tourne, lame sans bruit,
tranche l'orbite où la Terre s'enlace.
Le ciel jadis vierge perd son espace,
la voie lactée sous la ferraille plie.

Dans cette ronde froide et mécanique,
les constellations cherchent leur place.
Un boulon croise Vénus, la menace,
et Mars se tache d'un reflet métallique.

Nos rêves lancés vers l'infini
reviennent en pluie de métal tordu. 
Chaque fusée partie vers l'absolu
laisse sa peau d'acier dans le ciel terni.

Les panneaux solaires dérivent, perdus,
miroirs brisés de notre appétit.
L'orbite basse porte nos défis
comme une ceinture qu'on n'a pas rendue.

Pourtant certains lèvent encore les yeux,
tracent des plans pour nettoyer le noir.
Des filets tendus pour harponner l'espoir,
des bras robotiques dans le vide bleu.

La jeunesse calcule, forge et construit
des vaisseaux qui rapatrient nos erreurs.
Chaque déchet récupéré du labeur
rend au cosmos un peu de sa nuit.

L'horizon céleste peut encore briller
si nous choisissons de récolter nos traces.
La voûte étoilée retrouvera sa grâce
quand l'homme saura enfin balayer.

Didier Guy

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