Terre Noire

  J'ai marché dans les fougères mouillées, respirant cette odeur de pierre lavée. Le pétrichor monte, lourd comme du mercure, charge mes poumons d'une ancienne brûlure. Mes veines charrient cette sève verte, ce jus d'humus qui s'infiltre et me cerne. Je deviens racine, je deviens glaise, mon sang prend le goût de l'argile et de braise. Les rêves coulent, denses, opaques, métal en fusion dans mes artères opaques. Chaque nuit je plonge dans ce marais, où l'émeraude et le plomb se mêlent au regret. Je ne suis plus homme mais forêt qui respire, écosystème clos où tout pourrit et expire. La pluie me traverse, me refait, me défait, je suis l'humus de moi-même, imparfait. Didier Guy

Après le dernier acte

 

Le rideau tombe, lourd de silence,
et le violon pleure ses notes anciennes.
Dans la pénombre verte de la scène,
un homme reste seul avec sa souffrance.

Les planches ont bu tous mes aveux,
chaque geste était un cri sans voix.
J'ai joué ma vie devant des yeux
qui ne sauront jamais pourquoi.

La catharsis promet un soulagement,
mais je quitte la scène plus brisé qu'avant.
Les applaudissements se sont tus,
et je ne sais plus qui je suis devenu.

Le violon sanglote encore dans l'ombre,
témoin fidèle de mes faux-semblants.
J'enlève mon masque, mais le nombre
des rôles joués me pèse doucement.

Didier Guy

Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

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