Terre Noire

  J'ai marché dans les fougères mouillées, respirant cette odeur de pierre lavée. Le pétrichor monte, lourd comme du mercure, charge mes poumons d'une ancienne brûlure. Mes veines charrient cette sève verte, ce jus d'humus qui s'infiltre et me cerne. Je deviens racine, je deviens glaise, mon sang prend le goût de l'argile et de braise. Les rêves coulent, denses, opaques, métal en fusion dans mes artères opaques. Chaque nuit je plonge dans ce marais, où l'émeraude et le plomb se mêlent au regret. Je ne suis plus homme mais forêt qui respire, écosystème clos où tout pourrit et expire. La pluie me traverse, me refait, me défait, je suis l'humus de moi-même, imparfait. Didier Guy

Le poids des murs

 

Le silence est un manteau que j'enfile pierre après pierre,
loin des bruits de couloir et des plaidoiries vaines.
J'ai déposé mes armes, ces mots qui s'essoufflent dans le vent,
pour ne plus offrir de clés à ceux qui préfèrent rester enfermés.

On ne franchit pas les portes fermées de l'intérieur.
J'ai compris que certains aiment leurs chaînes,
qu'ils polissent leurs barreaux en accusant le lumière
de brûler trop fort, d'exiger trop de peine.

Alors je recule, sans colère ni mépris,
comme on abandonne un champ devenu stérile.
Je garde mes forces pour ceux qui cherchent encore,
qui osent le doute et l'inconfort fragile.

Les autres resteront dans leur forteresse obscure,
persuadés que le monde entier est l'ennemi.
Moi, je marche ailleurs, là où l'air est moins lourd,
là où le silence n'est plus une armure, mais un choix de vie.

Didier Guy

Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

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