Litanie pour un silence sans cadran

  L'empreinte d'un mur ne sue plus son rouge. L'horloge vidée de ses ressorts tourne au vide. Vingt coups morts, l'attente est un os qu'on ronge. Rien ne grelotte, rien ne fend la roche. Un véhicule sans âme dort plus loin que l'oubli. L'absence a bu la lumière jusqu'à l'os pile. Les minutes s'empilent comme des tuiles gelées. Personne ne gratte au plâtre des demeures. Le courant s'est rompu, fil de ferropénie. Un fantôme de poussière frappe toujours, sans doigts. Les façades appellent un nom qui se défile. Chaque brique compte un rictus de crépi. L'attente a l'odeur d'un circuit qui fond. Le véhicule rêve d'une route sans heure. L'absence a mangé les chiffres du cadran. Plus d'horizon, seulement l'aplomb des murs. Didier Guy

L'Arpenteur des Rêves Communs

 

Les tables sont dressées, longues comme l'aube,
chacun y dépose son pain, son sel, sa lame.
L'état, ce vieux meunier, moud la farine rouge,
promettant que demain n'aura plus de nom.

Ses doigts comptent les grains, serrent les balances,
pèsent les voix, les rêves, les silences.
Le blé devient loi, la loi devient chaîne,
et l'aube se noie dans son propre sang.

On avait cru planter l'arbre de la justice,
ses racines ont strangulé les champs.
Le vent qui soufflait des promesses claires
ne soulèves plus que des cendres lentes.

Où sont les parts égales ? Où sont les mains nues ?
L'État, ce vieux meunier, a tout gardé pour lui.
Il broie les matins, il broie les nuits,
et le pain qu'il promet n'est que poussière.

Didier Guy

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