Terre sans mains

 

Le ciel pèse sur les sillons nu,
la terre cède sous un pied inconnu ;
Le fruit d'ailleurs occupe le sillon,
la sueur du frère quitte la maison.

Vingt-cinq hivers tombent sur le cadran,
le cadran marque l'heure, personne ne répond ;
L'outil rouille au creux du hangar,
le pain vient d'ailleurs, amer et austère.

Le sol se tait sous les semences étrangères,
la cendre couvre les rangs de la plaine ;
Le bras qui creuse ne reconnaît plus sa terre,
le matin arrive sans nom, sans haleine.

L'homme debout compte les saisons perdues,
la fenêtre donne sur un champ sans voix ;
Les mains cherchent un manche, ne trouvent que poussière,
le sillon attend, la terre reste déserte.

Le pain se pèse au bout d'une errance longue,
le frère regarde passer le convoi ;
Vingt-cinq hivers dans la gorge, dans la langue,
le sol répond encore, mais plus à lui.

Didier Guy

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