Ce Qui Reste Quand Le Ciel Pèse

  Le ciel saigne par fissures longitudinales, pas de larmes, du verre qui craque sous la pression. La vallée boit l'ombre à grandes goulées, Les corps s'y couchent, pas morts, juste démissionnaires. Moi, je garde les deux pieds dans la boue qui tire, mais le cou tendu, la mâchoire serrée. Pas de supplication. Un tendon qui résiste à la pourriture. Une aile, pas d'ange, trop usée, trop réelle, qui bat encore par habitude de la rage. Les autres ont rangé le soleil au grenier, entre les valises et les photos jaunies. Moi, je cherche l'éclat brut, celui qui brûle la rétine, celui qu'on n'approche pas sans perdre quelque chose. La ligne de fuite n'est pas un contrat. Je n'attends pas. Je palpe. J'érode la pierre à mains nues. Et si la chute vient, qu'elle soit verticale, sans compromis, sans douceur, sans mentir. Didier Guy

L'Équilibre Rompu

 

Le vent taille la falaise sans outil,
la racine soulève le pavé gris,
le torrent creuse son lit sous l'argile,
la pierre endure mille ans sans un cri.

Le ruisseau compte ses galets un à un,
l'herbe retient la pente d'une main,
le pollen cherche sa fleur sous la lune,
la sève monte lente vers demain.

Le ciel crache son acide en silence,
les champs avalent leur dose de poison,
la mer avale le plastique en transe,
l'asphalte étouffe la terre et ses noms.

Des mains plantent l'avenir dans la paume,
le soc rouillé refleurit sous l'averse,
des enfants ramassent les graines du chaume,
le bourgeon perce l'enclume à l'envers.

Didier Guy

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