Le Trône et la Taxe

  Sur un damier minéral où les règles se blessent, une figure isolée avance sans regard en arrière. Les anciens pactes se figent comme des portes closes, et la loyauté d'hier devient un poids inutile. La parole se pare de grandeur apprêtée, mais sous la laque dorée dort une saveur âcre. Car la foule, sans le savoir, alimente le festin, payant de ses jours le luxe d'une fierté démesurée. Des prélèvements glissent jusqu'aux tables modestes, où la promesse d'or se change en métal lourd. L'artisan compte ses heures comme des plaies ouvertes, l'ouvrier plie l'échine sous un calcul lointain. Le pouvoir ne cherche plus la balance juste, il traque son propre visage dans chaque surface polie. Les soutiens deviennent des pions sans valeur durable, jetés avant même d'avoir compris la partie. Chaque décision grave un sillon dans les foyers, là où le feu baisse faute de ressources claires. La solitude règne au sommet de cette hauteur, nourrie par un ego qui ignore...

Tasse de chagrin

 

Le café refroidit dans la tasse écornée,
ses volutes montent et s'effondrent lentement.
J'y noie les heures, les doigts refermés
sur cette porcelaine qui gardent mes tourments.

Le fond garde un dépôt couleur de terre brûlée,
comme si mes pensées s'étaient cristallisées.
Je bois l'amertume, la gorge serrée,
ce breuvage noir où mes regrets ont macéré.

La cuillère tinte contre les parois,
un son creux qui résonne dans le silence.
Combien de matins ai-je passés là,
à fixer ce liquide, cette sombre présence ?

Le rebord garde la trace de mes lèvres,
une marque invisible que je répète.
Cette tasse connaît mes joies et mes fièvres,
elle est le témoin de mes défaites.

Didier Guy

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