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Affichage des articles du janvier, 2026

Soulèvement lilas

  La terre gronde sous nos pieds d'acier, les racines mordent le bitume noir. Un lilas sauvage a tout colonisé, buvant l'or toxique sans désespoir. Le pétrole coule dans ses veines creuses, elle le transforme en sève guerrière. Chaque fleur violette est une batteuse, qui frappe le ciment, pulvérise l'ère. Nous avons cru dompter sa peau, sa chair, planter des tours là où poussait le vent. Mais elle se lève, silencieuse, fière, reprend son trône avec ses doigts sanglants. L'asphalte craque, les usines tremblent, les hommes fuient ce qu'ils ont semé. La terre lilas dévore et rassemble, son règne violet vient de commencer. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

Le poids des murs

  Le silence est un manteau que j'enfile pierre après pierre, loin des bruits de couloir et des plaidoiries vaines. J'ai déposé mes armes, ces mots qui s'essoufflent dans le vent, pour ne plus offrir de clés à ceux qui préfèrent rester enfermés. On ne franchit pas les portes fermées de l'intérieur. J'ai compris que certains aiment leurs chaînes, qu'ils polissent leurs barreaux en accusant le lumière de brûler trop fort, d'exiger trop de peine. Alors je recule, sans colère ni mépris, comme on abandonne un champ devenu stérile. Je garde mes forces pour ceux qui cherchent encore, qui osent le doute et l'inconfort fragile. Les autres resteront dans leur forteresse obscure, persuadés que le monde entier est l'ennemi. Moi, je marche ailleurs, là où l'air est moins lourd, là où le silence n'est plus une armure, mais un choix de vie. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

Chanson Muette

  La guitare, couchée dans son étui sombre, gardait le silence et le froid du bois. Une respiration venant de l'ombre portait un parfum lourd, secret et droit. C'était un chant sans voix, un lent cantique, une basse rumeur dans les conifères. Une mesure lente, un rythme oblique, né de la nuit, des branches, de la terre. La main qui cherche et ne trouve que l'âcre senteur des pins, la note qui s'attarde dans l'air immobile, l'accord qui se lacre de noir, de nuit, de résine qui farde. Un noir complet, sans début ni finie, un air pour personne, une psalmodie. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

Les Greniers de l'Égalité

  Dans les greniers où l'on promet le pain pour tous, les comptoirs s'alignent, déserts sous la poussière grise. Un planificateur rêve d'harmonie, debout, tandis que les ventres grondent dans l'attente assise. Ils ont voulu tisser sans métier ni fuseau, partager l'invisible en parts mathématiques, mais les formules froides ignorent les berceaux où l'enfance réclame autre chose que des statistiques. Les usines ronronnent leur complainte mécanique, produisant des objets que nul n'a demandés - Des chaussures dépareillées, des rêves authentiques noyés sous les quotas d'un monde codé. Au loin, un empire s'est effondré sans bruit, ses monuments creux témoins d'une ambition trop haute. Les queues s’allongeait comme des serpents la nuit, cherchant la vanille quand le cœur voulait autre. Ils promettaient un festin sans accapareur, mais l'hôte omniscient servait selon ses vues. Les invités repartaient, amers dans leur cœur, le dessert confisqué par ...

L'Appel des Murs

  Les murs ont une voix, rumeur sourde et secrète, qui frotte avec lenteur le papier des carnets. Elle ne compte plus les heures trop inquiètes, mais les éclats de verre en ses silences nés. C'est un frisson de sec où l'air sent le tabac, l'encre froide et la peur, un parfum de déroute. Un doigt invisible, dans un mélange combat, gratte sa nuque nue comme on cherche sa route. Le plafond est un ciel d'un jour noir et forcé, où ses doigts-araignées tracent des cartes mortes. Elle dessine un monde au destin inversé, où des draps d'argile scellent toutes les portes. Elle respire lourd, chaque souffle est un clou, un pas de plus vers ce rivage de naufrage. Les algues du doute lui montent jusqu'au cou, s'accrochant à ses pieds, barrant chaque passage. La fenêtre se fane, une photo jaunie, un cadre de bois mort pour sa fièvre brûlante. Elle ferme les yeux sur cette vie finie, pour voir enfin surgir une ombre dévorante : Des mains sans souvenirs, des bouches au m...

Canette sous les néons

La lune était fausse ce soir-là, Ronde et creuse comme un jouet d'enfant. Je buvais du sucre sans y croire, le fond de la canette brillait étrangement. Orange sale, reflet du regret. Pas celui qu'on porte en prière, plutôt cette honte qu'on laisse traîner quand le soda réchauffe nos colères. Les néons clignotent au-dessus du bar, Warhol aurait ri de cette scène : un homme seul avec son bazar, sa lune en plastique et sa peine. Je repose la canette, elle roule un peu, le liquide danse, ocre et lourd. C'est drôle comme on vieillit à deux avec des fantômes dans les faubourgs. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

Le Reflet Mange sa Proie

  Le miroir me regarde, œil mort sur le mur. Aucun visage ne s'y pose, juste l'absence. Il avale la lumière, recrache du noir, et moi, debout, je cherche ce qui manque. Ma main touche le verre : il est froid. Comme si derrière, quelqu'un avait fui. Les angles de la pièce se tordent dedans, géométrie brisée, monde à l'envers. Il paraît que les sorciers y voient l'avenir, moi, je n'y vois que la cendre d'hier. Cette acidité qui brûle la bouche, quand on comprend qu'on ne reviendra pas. Le verre dit vrai, paraît-il, mais l'absence aussi parle clair. Je coupe la lumière. Tout s'efface, le reflet enfin me ressemble. Didier Guy Die deutsche Übersetzung des Gedichts ist hier verfügbar.

Ferraille Céleste

  Les étoiles jadis seules dans leur nuit comptent maintenant les débris qui passent. Satellites morts, carcasses qui enlacent le vide où la lumière a toujours fui. Chaque fragment tourne, lame sans bruit, tranche l'orbite où la Terre s'enlace. Le ciel jadis vierge perd son espace, la voie lactée sous la ferraille plie. Dans cette ronde froide et mécanique, les constellations cherchent leur place. Un boulon croise Vénus, la menace, et Mars se tache d'un reflet métallique. Nos rêves lancés vers l'infini reviennent en pluie de métal tordu. Chaque fusée partie vers l'absolu laisse sa peau d'acier dans le ciel terni. Les panneaux solaires dérivent, perdus, miroirs brisés de notre appétit. L'orbite basse porte nos défis comme une ceinture qu'on n'a pas rendue. Pourtant certains lèvent encore les yeux, tracent des plans pour nettoyer le noir. Des filets tendus pour harponner l'espoir, des bras robotiques dans le vide bleu. La jeunesse calcule, forge...

Les Matins Restitués

  Les trottoirs ne gardent que l'écho des semelles lourdes, des pas d'hommes pressés, sacs à dos en bandoulière, l'aube n'est plus qu'un réveil strident, un café noir, un parfum de diesel, âcre comme un reproche, et nos mains, calleuses, serrent des clés, des contrats. Le patron, dieu en costume, ignore nos prénoms, glisse un "Bon courage" entre deux appels urgents, les yeux rivés sur l'écran, complices des chiffres, tandis que le temps, froid, nous glace les doigts, comme un salaire versé pour des heures volées. Aujourd'hui, les écrans brillent, vifs et bavards, le virtuel étouffe le poids des silences d'autrefois. Plus de "Bonjour" sincère, plus de regard francs, juste un clic, un hochement de tête, un "À plus..." Comme si l'on pouvait échanger l'humanité contre des likes. Où sont-ils, ces matins où le travail avait un sens ? Où sont les mains qui bâtissaient plus que des murs, mais des espoirs, des "Tiens ...

La Pollution du Ciel

  Le vent arrache sa colère aux crêtes, la pluie grave son nom dans la roche, l'arbre fend l'asphalte d'une seule main, la sève monte comme un poing serré. Rien ne plie qui tienne à la terre, la mousse boit la pierre goutte à goutte, le torrent sculpte son lit sans relâche, la racine soulève le monde en silence. Mais le ciel crache son acide en lambeaux, les fumées tordent l'air comme du linge, le goudron pleure sur les feuilles, les champs avalent leur dose de cendre. Les oiseaux cherchent l'azur disparu, le fleuve charrie sa peau de plastique, la neige descend grise sur les toits, nos poumons comptent leurs heures de souffre. Pourtant des mains plantent l'aubépine, des bras relèvent les haies abattues, la friche reprend son souffle vert, l'enclume rouillée fleurit sous l'averse. Les enfants sèment l'avenir nu, chaque geste retient le ciel qui s'effrite, la terre attend qu'on lui rende ses droits, et le bourgeon perce la croûte noire. Did...

L'Équilibre Rompu

  Le vent taille la falaise sans outil, la racine soulève le pavé gris, le torrent creuse son lit sous l'argile, la pierre endure mille ans sans un cri. Le ruisseau compte ses galets un à un, l'herbe retient la pente d'une main, le pollen cherche sa fleur sous la lune, la sève monte lente vers demain. Le ciel crache son acide en silence, les champs avalent leur dose de poison, la mer avale le plastique en transe, l'asphalte étouffe la terre et ses noms. Des mains plantent l'avenir dans la paume, le soc rouillé refleurit sous l'averse, des enfants ramassent les graines du chaume, le bourgeon perce l'enclume à l'envers. Didier Guy

Tasse de chagrin

  Le café refroidit dans la tasse écornée, ses volutes montent et s'effondrent lentement. J'y noie les heures, les doigts refermés sur cette porcelaine qui gardent mes tourments. Le fond garde un dépôt couleur de terre brûlée, comme si mes pensées s'étaient cristallisées. Je bois l'amertume, la gorge serrée, ce breuvage noir où mes regrets ont macéré. La cuillère tinte contre les parois, un son creux qui résonne dans le silence. Combien de matins ai-je passés là, à fixer ce liquide, cette sombre présence ? Le rebord garde la trace de mes lèvres, une marque invisible que je répète. Cette tasse connaît mes joies et mes fièvres, elle est le témoin de mes défaites. Didier Guy