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Affichage des articles du octobre, 2025

La Cicatrice du Trottoir

  Le bitume craque sous la révolte, une plaie vive, rouge et profonde. Pas de sang, non, juste cette fleur qui pousse en rage, et sent la poudre. Les murs, témoins muets, se taisent, mais leurs fissures parlent pour eux. Quelqu'un a crié, quelqu'un a tracé un signe en plein cœur des lieux. La ville avance, indifférente, ses pas écrasent les pétales. Pourtant, ce pourpre résiste encore, comme un poing levé sous les halos. Didier Guy

Entre deux silences ambrés

  Sous la lampe, je contemple ce matin où la lumière caresse mon souffle. L'encre dessine une tristesse fine dans l'ombre fendue par le doute à peine. Les mots dansent entre virgules, oscillant entre chaleur et froid. Je reconnais mon écriture fragile, face à la clarté blonde du silence. La dichotomie se nuance sur le papier, entre deux mondes jamais réconciliés. Ambrée, la parole se dilue et s'étire dans le silence qui prend toute la place. Didier Guy

Le vert qui ment

  Sur l'écran, un faux raisonnement danse, vert acide, presque insolent, et moi, étendu comme un spectateur vain, je cherche une vérité qui ne tiendra pas. La lumière pixelise mes pensées, chaque phrase s'effondre au ralenti, les scènes défilent, criardes, et ma fatigue devient un fauteuil. Je me surprends à aimer ce mensonge, parce qu'il colore mes veilles d'hiver, parce qu'il fait taire les questions que je n'ai plus la force de poser. Didier Guy

L'écran sanctuaire

  Le verre noir reçoit mes gestes d'orant, mes doigts cherchent la grâce dans le silence. Je m'agenouille devant ce dieu vacant, attendant qu'il m'accorde sa présence. La lumière viendra, je le sais bien, comme jadis les vitraux dans les chapelles. Mais pour l'instant, ce vide est mon lien, cette absence est ma prière la plus belle. Je contemple le noir comme un autel, où mes espoirs se posent sans réponse. L'adoration moderne est cruelle : On prie ce qui jamais ne s'annonce. Pourtant je reste là, dans cette attente, fidèle à ce rite du quotidien. Ma foi numérique est suffisante pour croire encore en ce dieu machinien. Didier Guy

La pierre qui pleure

  Sous mes doigts, la roche se fissure, elle garde le sel des anciens jours. J'y lis la fatigue des morsures, des vents, du froid, de trop d'amours. Je suis cet homme que la pierre écoute, usé par les heures, taillé par la peur. Chaque larme trace sa propre route, gravant sur ma peau sa douleur. Et dans ce cri que personne ne réclame, je trouve la paix, brute et lente, comme un feu qui dort dans la flamme, et se consume sans attente. Didier Guy

Feu partagé sous la pluie

  Sous les porches humides je m'assois, le souffle du froid glisse sur nos mains. Autour du feu tremble un cercle étroit, les visages rougis ne craignent plus rien. Je tends vers toi un quignon de pain tiède, tu me donnes un rire en retour. Nos corps épuisés, nos poches vides cèdent à la chaleur brute de ce séjour. Les façades hautes gardent nos ombres, la fumée grise grimpe vers les toits sombres. Tout ce que la ville nous refuse devient richesse quand tu refuses de fuir. Ici, la fraternité a couleur ocre, et le craquement du bois nous suffit à tenir. Didier Guy

L'oubli en 4G

  L'écran clignote, bleu pâle et froid, un fil se tend, mais plus de voix. L'amnésie suinte entre les pixels, violette et lourde, comme un orteil qui cherche en vain le sol d'avant. Je scroll, je like, je m'englue, dans ce néant qui se recharge. Les souvenirs ? Des fichiers corrompus, des liens morts, des pages blanches. Même l'ennui a son propre réseau. Je déconnecte. Le silence, lui, n'a pas besoin de mot de passe. Il s'installe, gris et mat, comme un fond d'écran par défaut. Didier Guy

L'Ombre en Sol Majeur

  Mes silences, notes sans instruments s'accrochent aux murs comme un vieux refrain. La nuit respire un parfum de temps lent, où chaque pause est un coup de pinceau. Je dirige l'absence, chef d'orchestre, d'un geste lourd de ce qui ne viendra pas. Le noir n'est pas vide : il chante, peu-être, la mélodie sourde des pas perdus. Didier Guy

La Monnaie du Néant

Je compte les absences comme on pèse des pierres, chaque vide se cale au fond de ma main. La somme grandit, étrange héritière, d'un temps qui s'effrite dans un coin ancien. Un souffle discret s'avance dans l'espace, portant la trace d'une dépense minuscule, et mes doigts se ferment sur cette grâce, comme sur un secret encore minuscule. Les comptes se font dans l'ombre posée, l'horizon s'étire, froid et exact. ce que l'on perd, je l'ai pesé, et tout disparaît, rangé dans un pacte. Didier Guy

Les Masques et le Fleuve

La salle, alourdie de faux éclats, s'étale en un luxe qui se meurt. Tes doigts, branches sans feuillage, portent l'héritage des mensonges anciens. Tu danses d'un idiome à l'autre, comme on change de peau au jeu, mais ton rire, lame trop vive, déchire le voile de tes aveux. Le velours des sièges s'effrite, comme s'effritent les promesses. Tu sais tout dire en maints accents, mais le cri vrai sort de ta langue lasse. Les flambeaux, complices tremblants, éparpillent leur lueur sur ton front. Tu parles, et c'est un torrent qui emporte ce qu'on n'osa jamais. Un soir, peut-être, tu sauras sceller tes lèvres au silence, quand la dernière parole s'enfoncera dans l'or qui fuit. Didier Guy

La terre dans ma paume

Plan serré sur mes propres doigts, lâchant ce grain qui brûle  encore. Il y a un rouge qui saigne en silence, un goût amer qui s'impose à ma langue. Le sol respire sous la lumière lourde, chaque pulsation s'ancre dans ma chair. Je reconnais la pièce invisible où la scène se rejoue, sans spectateur. Mes mains portent l'histoire entière, comme si la texture pouvait parler. Et pourtant, tout s'échappe vers le bas, comme l'instant qui refuse de rester. Didier Guy

Le Sourire de l'Aube Rebelle

L'espoir se tient debout, les poings serrés, un combat silencieux contre le temps. Il porte un masque doré, jamais brisé, et traverse les ombres en souriant. Il ne crie pas, ne brandit aucun feu, juste ce jaune éclatant sur sa peau, couleur de blé mûr sous un ciel radieux, promesse entêtée d'un monde nouveau On peut le piétiner, l'ignorer cent fois, il renaît chaque matin sans blessure. Sa résistance n'est pas celle des rois, mais celle du grain qui fend la fissure. Ironie tendre : il sourit de nos peurs, lui qui n'a pour armure que sa clarté. L'homme qui l'écrit connaît cette douceur : Résister, c'est croire sans chercher à lutter. Didier Guy

Quand le Ciel Cède aux Lèvres

 L'horloge s'est tue dans la maison vide, le cadran gelé sur une heure ancienne. Je cherche ton souffle dans l'air livide, mais seul le silence me revient. Ta bouche bleue, souvenir fragile, se pose encore sur le marbre froid. J'ai cru saisir l'instant immobile, mais tout glisse entre mes doigts. Le temps n'existe plus dans cette pièce, juste un baiser qui refuse de finir. Je reste là, figé dans la promesse d'un amour que je ne peux retenir. La pierre garde la trace de tes lèvres, comme un sceau sur l'éternité. Je suis ce veilleur sans fièvre, gardien d'un passé arrêté. Didier Guy

L'hiver en plein été

Le calendrier ment quand la neige tombe, en plein juillet, sur mes pensées d'hier. Le froid s'installe où régnait la lumière, et mes souvenirs portent des chrysanthèmes. Les saisons trahissent leur ordre ancien, le présent s'arrête, figé dans l'étrange. je marche dans l'été comme en décembre, mes pas laissent des traces dans le blanc. Le temps refuse d'avancer encore, prisonnier d'un gel qui ne fond jamais. Les heures s'accumulent comme des flocons, recouvrant tout de leur silence gris. Didier Guy

Le Démon Pixelisé

L'appareil glacé sue une lueur malade, son chagrin de verre coule en nappes froides. Monologue forcé, un azur qui ronge, seul sur le miroir noir où nos vies se plongent. Chaque alerte est un coup, chaque vibreur, un cri. Cette froide clarté qui ne veut pas finir. Je cherche le bouton, l'issue, la faille, dans cette prison de lumière qui tenaille. Ce bleu hanté scelle un pacte moderne : Il capture le temps, dévore les journées. Résister, c'est sentir son propre isolement, dans la lueur constante d'un éternel présent. Didier Guy

Le Pas Courageux

Dans la terre des jours qui s'éveillent, je sais, mon pas hésite, le prix se cache derrière le destin. Avant l'aube nouvelle, un poids invisible se serre, et moi, je me tiens face au mur du chemin incertain. Pourtant, quand l'ombre tremble et que tout paraît neuf, je serre les poings, j'écoute la voix qui se tait. Le voyage s'allume lentement, tel un feu qui se réveille, et ma volonté s'étoffe, prête à tout affronter, prêt à se mettre en quête du réel. Puis vient l'effort qui transforme le doute en lumière, je sais que la récolte attend ceux qui savent persévérer. Le silence se fissure, et j'avance, sans promesse, mais fier. Didier Guy